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Quatre fils conducteurs pour ce blog. Le premier, l'ère planétaire aura pour objectif de mettre en valeur les initiatives et idées qui vont dans le sens de l'émergence d'une société-monde responsable... Lire la suite



Dans ce blog je mets en avant de belles initiatives, j'appelle de mes voeux certaines évolutions. Mais sur un plan personnel, que fais-je moi-même concrètement et au quotidien ?  Voici mes engagements



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La Méthode Tome 6 - Ethique - Edgar Morin

 "L'éthique est, pour les individus autonomes et responsables, l'expression de l'impératif de reliance. Tout acte éthique est en fait un acte de reliance, reliance avec autrui, reliance avec les siens, reliance avec la communauté, reliance avec l'humanité(...). Dans notre monde humain où deviennent si puissantes les forces de séparation, repliement, rupture, dislocation, hainre, plûtot que de rêver à l'harmonie générale ou au paradis, il vaut mieux reconnaître la nécessité vitale, sociale et éthique d'amitié, d'affection et d'amour pour les humains qui, sans cela vivraient en hostilité et agressivité, s'aigriraient et disparaîtraient" p.33

 

 

 

Il y a peu


Théorie du voyage, poétique de la géographie - Michel Onfray
 

   

 
Ecopolis et vous

 

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Assaillie par les critiques, l’agriculture a bon dos. On lui a dit de produire, elle l’a fait. Les rendements ont été multipliés par 10 depuis les années 60. Le nombre d’hectares cultivés par agriculteur a été multiplié par 50. Au total, la productivité des agriculteurs est 500 fois plus élevée qu’il y a 40 ans. Y-a-t-il d’autres secteurs de l’économie qui ont réalisé un tel score et pour un tel louable objectif qui était d’assurer la sécurité alimentaire du Vieux Continent ?

L’objectif est atteint mais à quel prix ? Prenons un seul exemple des conséquences négatives qu’a induit l’intensification de la production agricole : l’état du sol. Moins visible et à plus long terme, sa dégradation rime avec irréversibilité. Explications. Le choix des cultures ne se fait plus aujourd’hui en fonction de la terre ou du climat mais en fonction de ce qui est le plus subventionné par Bruxelles ou de l’évolution des cours des matières agricoles. L’agriculture moderne a véhiculé l’illusion selon laquelle tout type de sol pouvait accueillir tout type de cultures. Or les géographes ou les pédologues le savent bien, il existe une infinité de sols dont les caractères diffèrent selon le climat, la nature géologique, la structure végétale. Les vecteurs de l’illusion, ce sont les pesticides. Grâce à eux, la plante ne se nourrit plus en profondeur. Oubliés, par conséquent, les caprices des terroirs locaux aux terres plus ou moins acides, plus ou moins lourdes. La plante est mise sous perfusion. Transfuges de l’INRA, les micro-biologistes Lydia et Claude Bourguignon tirent régulièrement la sonnette d’alarme :  le sol est mort. Il est mort car les insectes, les verres de terre (jusqu’à  4 tonnes par hectare dans un sol vivant), la faune ne survivent pas aux pesticides. La terre, sans ces agents aérateurs, ne capte plus l’oxygène. Sa surface est comme glacée, elle ressemble à un morceau de carton. La plante demande toujours davantage la mise sous perfusion. Le sol fout le camp. La coloration marron des rivières après un orage émeut bien peu de monde. Or, c’est le meilleur du sol qui s’échappe, cet horizon de 15 centimètres dont la formation a nécessité plusieurs milliers d’années. De là l’irréversibilité : si arrêter de polluer l’eau peut à nouveau rendre les rivières propres, polluer le sol c’est y enlever la vie. Y enlever la vie, c’est s’exposer à une chute des rendements. Voir baisser les rendements, c’est affronter une rareté des denrées alimentaires. La rareté conditionne le prix. Le prix conditionne l’accès aux denrées… la chaîne est sans fin. Elle est malheureusement mortelle pour des centaines de millions d’Hommes qui n’ont pas « choisi les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher »…

La récente hausse des prix agricoles est très remarquée parce que même les consommateurs des pays développés en souffrent. En moins d’un mois, mes 6 bouteilles de lait ont connu une inflation de 13%. Mon salaire n’a pas bougé. Vais-je devoir cesser de consommer bio, me tourner vers des produits un peu plus « bas de gamme » et ainsi cautionner un système dont je connais les dysfonctionnements et que je récuse ? Après tout, même les classes aisées peuvent consommer bas de gamme puisque la sécurité sanitaire est assurée. Nous sommes tous placés dans une relation dialectique entre nos attitudes de « consommateur » et de « citoyen ». Les premières sont déterminées par les prix, rapportés à notre salaire. Elles sont sensibles aux tendances, aux goûts mimétiques puisque nous sommes tous des êtres sociaux avides de normalité et d’intégration réussie. Le marketing tente, à débauche de moyens, de décrypter la volatilité des comportements de tendance. Parallèlement, ou plutôt de manière enchevêtrée, notre regard citoyen réinterroge chacun de nos actes d’achat en fonction de leur contribution au respect de la planète. Emprunt d’idéal, il contribue à donner sens à notre existence. Il peut être un mode privilégié d’affirmation d’une différenciation sociale qui, par ailleurs, n’est pas corrélée au niveau de vie. Pour autant, que l'on soit consommateur ou citoyen, on passe 3 fois moins de temps aujourd'hui à cuisiner que dans les années 60. Sur la même période, le taux d'activité des femmes est passé de 30 à 80%. Quel temps désirons-nous accorder à notre alimentation? La question est cruciale. La montée des industries agro-alimentaires n'est pas étrangère à cette évolution du budget temps. De plus en plus de ménages sont sensibles à la practabilité des produits alimentaires proposés à la vente. C'est là dessus que se portent les innovations, bien plus que sur la qualité des aliments eux-mêmes.

Les arbitrages des consommateurs sont complexes. Plusieurs variables entrent en jeu parmi lesquelles le prix et le temps. Par ailleurs, on ne consomme pas uniquement pour manger. On consomme pour satisfaire de nouveaux plaisirs. Plaisir de se dépayser (voyages), d’échanger (technologies de l’information et des communications), de soigner son apparence (esthétique, soins du corps, sports) etc…  Une récente enquête réalisée auprès d’étudiants illustre parfaitement cette difficulté des arbitrages. (Enquête Réussir Demain – Centre de formation Companieros – A lire dans Le Monde Economie du 19 mars 2008). Si 96% d’entre-eux disent que le développement durable est très urgent et 87% estiment que ses enjeux « donnent envie de s’impliquer », seuls 27% pensent qu’il va influencer leur façon de s’habiller et 25% leur façon d’organiser leurs loisirs. Clairement, il y a là l’expression de réflexes individualistes. « Quand la question de la responsabilité est abordée, la détermination s’effrite quelque peu »  analyse l’auteur de l’article. Serions-nous tous des irresponsables ?

Par défaut oui, nous le sommes. Par défaut d’anticipation, de solidarité, de clairvoyance, de mobilisation collective. Mobilisation non pas pour protester. Mobilisation pour construire, régénérer un système qui a eu sa raison d’être mais qui ne l’a plus. Tous, individuellement, on manque de temps pour s’informer et comprendre, deux ferments de la mobilisation. « Travailler plus pour gagner plus » est le pire des refrains. J’y opposerais la Une de Courrier International du 2 janvier dernier : « Travailler moins pour gagner moins et vivre mieux ». On pourrait y rajouter, « pour penser mieux ».

Nourrir 9 milliards d’individus en 2050 va effectivement nécessiter de penser. Les surfaces urbanisées grignotent les terres agricoles à vitesse rapide. L’eau est source de conflit dans plusieurs régions du globe. Il faudra produire plus avec moins de ressources. Lors d’une récente conférence donnée à Tours, Jean Claude Flamand, directeur de l’INRA et de l’AgroBioSciences de Toulouse, a appelé à porter les efforts de recherche sur les procédés permettant de stimuler l’activité biologique du sol (encore lui) de manière à accroître les rendements à l’hectare. Avec l’ironie du repenti, il a qualifié cette potentielle nouvelle agriculture d’écologiquement intensive. On a là le premier des rapprochements à opérer : celui entre l’agriculture et son milieu naturel. Il peut prendre du temps car apprendre à desapprendre n'est pas chose aisée. Alors que dans les écoles d'agriculture les élèves apprennent (toujours!) à calculer une marge brute par culture, la nouvelle approche agro-écologique réclame de raisonner sur l'exploitation dans son ensemble, intégrée à son territoire. Toutes les cultures n'ont pas le même rapport. Certaines coûtent de l'argent mais elles sont une condition essentielle pour que la suite de la rotation de cultures se passe bien. Elles permettent de ne plus avoir recours à la chimie en apportant naturellement de l'azote, en préservant la biodiversité, cette andidote symbiotique à la multiplication des ravageurs résistants. L'herbe récoltée au bon stade de pousse permet un bon apport de protéïnes aux bovins. Une prairie en place depuis quelques années couplée à un arrachage manuel des rumex et autres chardons permet de très sérieusement réduire le problème des "mauvaises" herbes dans la durée. L'herbe apporte quasiment autant de matière sèche à l'hectare que le maïs, ce qui permet à certains agriculteurs biologiques d'être autonomes pour l'alimentation de leur bétail et ce, sans débauche de produits de synthèse et de procédés hautement technologiques. Les inter-cultures permettent de recouvrir le sol entre deux cultures annuelles. Ces plantes apportent de l'engrais vert et limitent l'érosion. Dans de nombreuses contrées, les agriculteurs expérimentent de nouvelles pratiques plus écologiques, plus en lien avec l'environnement naturel. Ils cherchent à réduire leurs dépendances au marché, à l'agro-chimie, à l'agro-alimentaire ... toutes ces dépendances qui les ont dépossédés de leur patrimoine, de leurs responsabilités, de leur fierté. L'agriculture biologique est une solution tout autant que du bon sens. Elle produit en effet pour la vie, et non pour la mort. Elle ne cherche pas à tuer les insectes, à tuer les champignons, à tuer les mauvaises herbes. Elle cherche à les gérer sur le long terme. C'est plus complexe, de nombreux détails réclament un savoir acquis patiemment par l'observation de la nature, cette belle oubliée.

            Le second rapprochement à organiser est celui des consommateurs – citoyens et des agriculteurs. Il commence déjà à s’opérer au travers par exemple des Associations de Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP) qui créent une solidarité entre consommateurs et agriculteurs, les premiers s’engageant à acheter aux seconds leur production, pourvue qu’elle soit locale, respectueuse de l’environnement et de saison. La création d'une AMAP est souvent à l'initiative des consommateurs mais les producteurs eux aussi s'investissent pour retisser ce lien qui donne sens à leur métier. Lors d'une récente rencontre agriculteurs / citadins, organisée dans le cadre de l'Université Pour Tous (UPT) à Tours, deux producteurs, l'un en bio l'autre en agriculture raisonnée, ont passionnément exposé leur lien à la terre, leur fierté d'amener le produit "jusqu'à la fin", c'est à dire jusqu'au consommateur. Ils ont démontré que changer de pratiques agricoles (tous les deux étaient en conventionnel auparavant) pour se rapprocher du terroir était  à la fois épanouissant sur un plan personnel et rentable économiquement. Les opérations de fermes en fermes ou la création de nouveaux marchés de producteurs sont les vitrines d'une agriculture qui s'épanouit localement et se déconnecte progressivement des aides européennes qui, pour certains producteurs, constituent malheureusement la principale source de revenus.

          Le troisième rapprochement doit se réaliser entre les agriculteurs et les politiques de territoire. Le lien est vite fait avec le deuxième rapprochement que l'on vient de voir. Collectivités territoriales (communes, communautés de communes) et agriculteurs sont les deux seuls acteurs qui ont en commun le territoire en tant qu’il est directement à l’origine de leur existence. Elus et exploitants peuvent s’allier pour le développement du territoire, se mettre d’accord sur un contrat, partagé avec la population, définissant les conditions locales d’agriculture. Alors que la politique agricole commune a instauré les mêmes conditions pour tout le monde et pour toute l’Europe définissant un certain nombre de principes génériques, les questions de biodiversité et de développement territorial, voire d’approvisionnement alimentaire sont très micro-locales. Elles réclament une imagination collective organisée à l’échelle des intercommunalités. La communauté de communes du Villeneuvois (47) multiplie ainsi les soutiens à l’agriculture, activité phare de son territoire : aide à l’installation des jeunes agriculteurs, à la replantation d’arbres, utilisation d’huile végétale pure de tournesol (produite, pressée, décantée localement) pour faire rouler les camions de collecte des ordures ménagères. En Allemagne, l
a ville de Münich incite depuis 1991 les agriculteurs situés dans la zone d’influence des points de captage d’eau à se convertir à l’agriculture biologique. Au robinet des münichois aujourd’hui : une eau pure et non traitée Au fil des ans, la ville va intervenir très directement, sur tous les maillons de la filière agricole, de la production à la commercialisation. Elle assure elle-même des débouchés aux produits biologiques dans ses propres établissements : crèches, cantines…

Cet exemple Allemand introduit un autre rapprochement à opérer entre deux espaces jusqu'ici antagonistes en terme d'usages : la ville et la campagne. Il peut se concrétiser au cœur même des villes. Le développement des jardins dits « partagés » ou jardins ouvriers va tout à fait dans ce sens. Le festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire les prend pour thème cette année. A Paris, 6 de ces jardins ont été créés en 2005, 11 en 2006. Même mouvement à Rennes.  Ils participent indéniablement d’une réapropriation collective de la ville, de sa transformation en espaces de partage où la diversité (sociale, intellectuelle, générationnelle) des individus qui s’y côtoient fait écho à la diversité des plantes qui y poussent. Ville et campagne peuvent nourrir une relation de client à fournisseur en réintroduisant un peu plus de localisme dans l’approvisionnement en denrées alimentaires. Le développement des circuits courts est le mieux à même de reconquérir la confiance des citadins envers le monde agricole et de résoudre en partie la problématique du transport longues distances. Face à la progression du front urbain dans l'espace périurbain, la Zone Agricole Protégée (ZAP) peut permettre de soustraire à la pression foncière les espaces agricoles lorsque l'agriculture n'est plus en mesure de résister seule et que son maintien répond à un objectif d'intérêt général. Le périmètrre de la ZAP est annexé au document urbanisme en tant que servitude et opposable aux tiers. Montlouis-sur-Loire, aux portes de Tours, vient d’en créer plusieurs pour protéger son vignoble. Sur ce secteur, l’envolée des prix du foncier constructible a accéléré une nouvelle spéculation qui contraint les exploitants non propriétaires. Ils ne peuvent plus louer ni acheter dans les secteurs proches des zones urbanisées. Les six premiers périmètres de ZAP couvrent la quasi-totalité du cadastre viticole de l’appellation “Montlouis-sur-Loire” soit plus de 300 hectares, 10 % du territoire communal. Seule une décision conjointe du Maire et du Préfet peut modifier ces périmètres, ce qui offre une bonne visibilité aux vignerons. Plus globalement, c'est un pacte territorial qu'il s'agit d'organiser entre ville et campagne : quels partage des usages de l'espace ? quels type d'exploitation souhaite-t-on maintenir à proximité immédiate de la ville? comment l'agriculture, si elle vuet être écoutée, peut elle répondre aux attentes des citadins? continue-t-on de pratiquer un mode d'habiter très consommateur de terres agricoles (cf. développement pavillonaire)?


  

Jardins en terrasse bordant la rivière Eresma - Ségovie - Espagne © JLJ


           L’évolution sera tout à la fois agronomique, écologique, urbanistique, politique et citoyenne. De toutes parts des initiatives se mettent en place. Pour l’heure fragmentées, elles jettent les bases d’actions plus globales et ambitieuses ! Elles donnent le goût du projet, là où parfois, le catastrophisme ambiant démobilise plus qu’il ne sensibilise.

Pour conclure, je retiendrai quatre mots clés qui peuvent servir de fils conducteurs au rapprochement entre agriculture et Société : contrat, expérimentation, mobilisation, transversalité. Contrat car il suppose un engagement mutuel, consenti, réfléchi, fruit d’une négociation programmatique et sereine entre plusieurs parties. Expérimentation car il est crucial de pouvoir s’adapter à la variété des contextes, d’accepter les évolutions, la maléabilité, la réactivité et l’amélioration continue. Mobilisation car elle suppose l’implication dans la vie locale, l’action collective portée par des valeurs et la prise de conscience d’une insatisfaction par rapport à la situation actuelle. Transversalité enfin car si la stratégie du poisson pilote est efficace pour amorcer le changement, il convient à la suite de s’employer à rassembler les initiatives sous un même étendard de manière à faire naître les synergies. Jérôme LE JELOUX

Lorsqu'on se balade en centre-ville du Mans, il est difficile de ne pas remrarquer le bâtiment qui abritait auparavant les Nouvelles Galeries. Il a été classé Monument Historique au début des années 2000. Une boutique Eurodif occupe aujourd'hui le rez de chaussée et l'entre sol.  Construit par l'architecte Paul Auscher en 1904, le magasin ouvre grand sa gueule aux consommateurs par une monumentale poutre treillis empruntée à la technologie Eiffel. Elle soutient toutes les pierres de la façade. Ce qui impressionne, c'est également la hauteur de l'immeuble par rapport aux bâtiments voisins. Il proposait  à l'époque pas moins de 4 étages de vente.  2 autres étages étaient consacrés au personnel (cuisines et dortoirs). Véritable ruche bouillonante, pleine de vie et d'échanges, riche de sons, l'intérieur était traité en métal autour d'un grand patio central avec balustrades et verrières.

Cette description succinte de ce que furent les nouvelles galeries au Mans nous donne à réfléchir sur l'urbanisme commercial aujourd'hui. Tout oppose ce magasin de ceux qui ont fleuri ces dernières décennies et fleurissent encore aujourd'hui en périphérie des villes. Les Nouvelles Galeries sont situées en plein coeur de la cité. On s'y rend à pied. L'ambiance sonore est faite de discussions, d'échanges nombreux, le magasin est un point de rencontre incontournable dans la ville. De part son organisation, les salariés sont au coeur de son fonctionnement. La densité commerciale est forte avec 4 étages de vente. Le bâtiment est un signal de par sa hauteur. Son architecture laisse une grande place à l'innovation, c'est une signature. Le nom de l'architecte est d'ailleurs encore aujourd'hui bien en vue sur la façade.

Sur les boîtes rectangulaires grises et blanches flanquées d'une enseigne Décathlon, Castorama, Saint-Maclou ou encore Carrefour, rares sont les architectes à avoir apposé leur nom. C'est sans intérêt. Seule la marque est un signal. On est très loin de la recherche architecturale, tout autant que de celle d'économie d'espace. Les magasins sont de plein pied, à croire que le foncier agricole est une ressource illimitée. La voiture est reine. On y fait néanmoins venir des lignes de bus urbains. Etant donné la monofonctionnalité de ces espaces constitués uniquement de surfaces commerciales, ces lignes placent la collectivité en situation de prestataire de service pour grands groupes privés. Les salariés se plaignent régulièrement de leurs conditions de travail autour de machines à cafés ou de micro-ondes flanqués dans de très spartiates lieux de convivialité.

On a alors envie de dire : inspirez-vous des Nouvelles Galeries! Les grandes enseignes, parties prenantes de projets urbanistiques d'ampleur, réinvestissent aujourd'hui les centres-ville et sur plusieurs étages, pour preuve le projet du Champs de Mars à St Brieuc, le tout récent centre commercial de la Visitation à Rennes ou encore l'Heure Tranquille sur le quartier des Deux Lions à Tours.

Souvenirs... Ci dessous deux textes écris lorsque j'étais au Mexique. Le premier après un mois de séjour, le second peu avant mon retour en France.

Rien ne m’a émerveillé (ou pas encore) depuis un mois que je suis au Mexique. Je suis allé à Mexico Ciudad, Puebla, Cuernavaca, Teotihuacan et je n’ai jamais été stupéfait en découvrant ces différents sites. Pourtant, à bord de l'avion, la première image j'ai eu de ce pays fut dantesque ;  celle de Mexico la nuit. Les lumières d'Insurgentes, avenue de plusieurs dizaines de kilomètres, donnaient un semblant de structure à un océan lumineux aux limites imperceptibles même depuis l'oiseau de feraille. Les montagnes ponctuaient le tapis de lumière d'ilôts plongés dans l'ombre. Il faut un certain temps d’adaptation à la réalité mexicaine. Elle est loin des standards de beauté que l’on a encré en nous, européens. Combien de fois m’ont incommodés la présence des voitures, leur bruit irritant, leurs rejets polluants infectes, les odeurs de souffre… Le Mexique se développe, l’automobile aussi, mais à quel prix ? De même on souhaiterait parfois que les mini-boutiques qui colonisent les moindres rues et places, se fassent plus discrètes. Ce serait oublier leur fonction sociale. On aimerait des rues sans trous, sans travaux bruyants, sans musique mise à fond par les magasins pour attirer le client… Le bonheur, on ne le trouve pas par la contemplation du cadre physique et bâti, sauf pour les connaisseurs. Le bonheur est à trouver auprès des gens. Ce jeune enquêteur pour un grand quotidien mexicain avec qui j’ai discuté une heure du Mexique et de la France. Ce vieux paysan de Mixquic (sud du District Federal), qui en guise de bienvenue sur ses terres m’a prononcé une formule Nahuac (langue indigène) disant « Toi et moi unis comme les doigts de la main ». Ce couple de retraités assis, un midi, aux tables d’une petite boutique, au cœur du marché couvert de Texcoco me faisant partager leur « barbacoa » afin que je goûte aux spécialités mexicaines… Il suffit de dire que l’on vient de France pour que les visages deviennent plus sympathiques. On me prend en effet pour un « gringo », ce nom qualifiant les américains. Ils ne sont pas du tout désirés ici. A croire que j’ai une tête d’américain. Je suis blanc, grand, élancé…

 

            Au cœur des contradictions mexicaines que ce mépris des américains. Le Mexique appendice des Etats-Unis ? C’est le chemin que suit le pays. Il suffit d’observer les comportements vestimentaires et musicaux des jeunes mexicains même si ces modes ne sont pas exclusivement observables au Mexique. Ici on apprend l’anglais, rarement une autre langue. Tu prends le bus pour Cuernavaca et tu as le droit à un film anglais sous-titré en espagnol. Une semaine après mon arrivée au Mexique, j’assistais à un repas de famille célébrant le départ d’un couple pour Atlanta… raisons professionnelles. Beaucoup ici ont un proche aux Etats-Unis. Alors le rejet américain ici au Mexique serait-il une simple réaction épidermique d’infériorité qui tendrait à disparaître ? Une réaction de résistance ? Le Mexique est en voie d’intégration à l’économie de marché impulsée par les Etats-Unis dans le cadre de l’ALENA. Mais les USA ne sont pas les seuls à convoiter ce marché en plein développement. Observer les marques automobiles présentes sur les routes est révélateur. Ce processus d’intégration est alimenté par le violent processus d’urbanisation qu’a connu le pays jusqu’au début des années 90. Beaucoup de mexicains sont arrivés en ville, sans repères, déracinés, obligés de s’insérer dans l’économie de marché pour survivre. Le développement des cultures d'exportation a mis beaucoup de paysans sur le chemin de l'exode. Une fois stabilisée et solvabilisée, cette population devient une proie commerciale habilement visée par les grandes marques d’électroménager ou d’automobiles. Il suffit de voir le monde qui se presse dans les magasins « Elektra », qui, comme son nom l’indique, vend de l’électroménager

Quelques semaines plus tard, le Mexique est difficile à quitter...

 Il me reste deux semaines au Mexique. C’est ce à quoi je pensais tout à l’heure en revenant de Mixquic, village encore rural du sud du Distrito Federal. Je contemplais la lagune de Xico en me disant que cette chose que je vis quotidiennement actuellement ne sera qu'un lointain souvenir dans quelques temps. Les blagues délicieuses, laborieusement dites en espagnol et échangées avec Felipe (27ans) et Fernando (50ans), « no manches guey » ; les conversations sur l’histoire de la vallée de Mexico avec un autre Felipe anthropologue (61ans), va savoir jusqu’où s’étendaient les lacs de la vallée avant l’arrivée des espagnols ; les bières accompagnées de « cacahuates a la japonesa » consommées dans la combi du maestro (l’anthropologue) ; les discussions sur le devenir du village de Mixquic dans les maisons des agriculteurs où vivent parfois plusieurs générations, maisons pleines de bruit, de vie, de solidarité intergénérationnelle ; ces visites dans les chinampas et les incontournables découvertes qui nous attendent à chaque fois. Beaucoup de choses font la spécificité du Mexique, tout en traditions et en ouverture à la modernité, tout en sérénité des gens et en vacarme de la rue… Chaque matin je me lève soit au bruit des pétards, soit au klaxon des bus de transport en commun, soit au son de la cloche stridente du camion poubelle, soit au chant des vendeurs de gaz qui crient « gaaaaaaaass » a en perdre la voix pour certains, soit au son des coups de balai donnés tous les matins à grande eau par chacun des propriétaires d’une maison donnant sur la rue, soit à la musique des boutiques réglée très forte pour attirer l’attention du client, soit au son grave des réacteurs d’avions qui décollent de l’aéroport de Mexico situé à une vingtaine de kilomètres. Au début tout cela incommode. Désormais tout cela me plaît au point où je crains de regretter cette ambiance à mon retour en France où tout entre dans la norme et ne doit pas en sortir. Je venais ici, imprégné de cette normalité. Un temps d’adaptation fut nécessaire pour essayer de s’en extirper. J’en suis désormais débarrassé, malheureusement il va falloir s’y réinsérer.

Au Mexique le spectacle est dans la rue. Une petite faim ? Tu as le choix entre des « elotes » au chile et à la mayonnaise, des « papas fritas » préparées sur place, des tacos de poulet ou de boeuf, des pastèques et goyaves coupées et servies dans un petit sachet plastique, les « tlacoyos » ces tortillas fourrées avec des « frijoles » ou encore les grands verres de jus d’orange pressées en direct et avec empressement (c’est le cas de le dire). Un peu d’ennui ? Regarde les spectacles de rue improvisés de clowns et jongleurs qui se positionnent au milieu du périphérique lorsque le feu passe au rouge afin de récolter quelques pesos, regarde les policiers girouettes qui s’agitent on se demande dans quel but (ils ne font qu’augmenter la « bronca » de la circulation), regarde les combis volskwagen qui se parent des plus beaux effets tuning (lumière bleue sous le châssis, double pot, volant moumoute, gentes alu…), écoute Santana au beau milieu des bouchons de la ville capitale…
  JLJ

Monnaie affiche 3800 habitants en 2007. Elle a connu une forte croissance puisqu'elle en comptait 500 de moins en 1999. Elle doit son attractivité résidentielle  à la proximité de Tours. L'échangeur de l'A10 situé non loin permet d’accéder au cœur de la capitale tourangelle en quinze minutes.


                                                               © Jérôme LJ

Le développement urbain de la commune se fait sous une forme exclusive, celle du lotissement. Des dizaines de maisons frêles s’alignent, toutes identiques. Elles sont posées au milieu de parcelles exigües. Les gens sont chez eux mais n’ont aucune intimité. Ils planteront de hautes haies de lauriers ou de sapins pour se protéger du regard de voisins auxquels on se contentera de dire bonjour, si toutefois on les croise.


Ce qui oriente la localisation des lotissements, c’est l’accès aisé à l’ancienne RN10, véritable colonne vertébrale de la commune. Monnaie n’a d’autre particularité que d’être une ville-rue linéaire encombrée d'un trafic automobile dense.


                                                                          © Jérôme LJ

Un peu en retrait, décor pétrifié hérité de l’après guerre, la gare de Monnaie semble étrangement à l’écart du dynamisme communal. L’horloge ne fonctionne plus. 4 trains s’y arrêtent chaque jour. Pas de modernisation en vue avant… 2020 ? Echéance aussi longue qu’incertaine. Logique me direz-vous, si les gens se déplacent en voiture ! Cercle vicieux…

Les habitants de Tours auront un beau tramway, ceux de Monnaie devront payer cher le pétrole et s’en accomoder. La précarité énergétique rattrapera ceux qui ont dû fuir la ville pour trouver à se loger.

                                                                          © Jérôme LJ


Identifier le potentiel de reconquête des friches ferroviaires sur cette ligne (ainsi que sur les autres au départ de Tours), quantifier le nombre de logements que l’on pourrait y construire, modifier les documents de planification, fixer des exigences d'urbanisme spécifiques sur ces espaces et mobiliser l'investissement privé serait sans doute plus prioritaire qu’un tramway. Objectifs : abosber la croissance démographique, réduire la dépendance automobile, limiter l'étalement urbain, faire émerger de nouvelles centralités permettant aux futurs habitants de s'épanouir localement. Initiative moins porteuse en terme d’image et plus complexe en terme de gouvernance, elle n'est portée par aucun chef de file. Considérés isolément, communautés de Communes, Etat, Région, Département, SNCF n'ont pas la légitimité, seuls, de mener la réflexion. L'approche ne peut plus être institutionnelle, elle doit être territoriale. Le territoire ici, c'est la ligne et ses traversées urbaines. Le chef de file, c'est le territoire, la responsabilité revient aux collectivités de s'associer.


Article lié : Contrats d'axes : le co-développement de l'urbanisme et des transports

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 C'est nouveau !



30 Avril 2008 Souvenirs : mes quelques impressions du Mexique

13 Avril 2008 Un tour à Monnaie : gare péri-urbaine en déshérence

11 Avril 2008 Plongez vous dans une semaine d'actualité urbaine à Mexico

23 mars 2008  Agriculture et Société : les termes d'un rapprochement

11 mars 2008  Trois nouveaux sites Web à découvrir

8 mars 2008  Une ville durable pour quels citadins?


Bonne lecture et à vos claviers sur les commentaires !



Brèves

Express
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NOUVEAU ! "Frugalité non ordonnée n'a pas d'effet(6/04/08) - Tel est le titre d'un article du Monde Economie daté du 1er avril 2008. Les initiatives environnementales individuelles (manger moins de viande, réduire ses déplacements, opter pour le train...) n'auraient pas d'effet. L'économiste suisse-américain Blake Alcott...Lire
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NOUVEAU ! Lotissement contre château (31/03/08) - "Les de Lussac régnaient sans partage sur la commune de Sainte-Catherine-de-Fierbois (37) depuis des générations. Régis de Lussac a été battu par une liste de petits jeunes... | Lire

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Mur végétal dépolluant à Lyon ! (21/11/07) - Le Grand Lyon a missionné la société Canevaflor pour qu'elle installe un mur végétal de 400 m2 qui pourra filtrer l'air pollué prélevé dans le parking de la gare Lyon-Perrache... |
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         Bal des citations

Le poids des mot, le choc du sens : florilège de citations recueillies ici et là...

"La notion de société du risque est très opératoire. On réalise que les experts sont dans la même situation d'aveuglement que le reste du public, mais qu'ils ont la tâche importante de décider, en temps réel, de l'expérience collective que nous sommes en train de parcourir. La notion de risque code un changement de société très important entre le moment où on dit : "je m'en remets aux experts, ils connaissent les risques de l'améiante, de l'anthrax, et le moment où, renversement de perspective, on se met à douter d'eux, partant du fait qu'ils sont aussi aveugles que nous. Pour l'instant, nous sommes dans la période déplaisante où l'on accuse les experts de se tromper. Mais l'étape suivante, que j'appelle l'expérience collective, est déjà bien esquissée dans la société du risque. Nous acceptons le fait que l'expert ne maîtrise pas tout. (...) Le principe de précaution indique que nous sommes tous des chercheurs". Bruno Latour dans Un monde pluriel mais commun - 2005 - Editions de l'Aube - p.34

"Aux Etats-Unis, certaines communes n'hésitent pas à consacrer 70% de leur budget à l'arrosage et à l'entretien de leurs gazons. La pelouse y désigne le pouvoir. Bien tenue, elle est progressivement devenue, de manière consensuelle, un élément de qualité de vie essentiel en tant que signe d'appartenance communautaire (...). Partant, elle est aussi signe d'exclusion : une maison à la pelouse pelée est un "territoire étranger et signifie que l'homme qui l'habite est exclu ou s'exclut lui-même (...). Les sociétés transforment leur environnement immédiat à l'aune de leurs différences culturelles, par les pratiques dont elles l'investissent et les représentations dont elles l'habillent. En ce sens, qualité de la vie et qualité de l'environnement ne coïncident pas nécessairement. Les impératifs du développement durable exigent cependant de les articuler". François Mancebo dans L'information Géographique n°3-2007 p.84


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G
alerie perso

 

J'ai ramené quelques centimètres carrés des belles contrées que j'ai pu arpenter... quintessences de voyages : 

 

Lagune de Xico - Vallée de Mexico 

Tours - Quartier des Rives du Cher  Quartier Bastide - Bordeaux  

 Lac de Thun - Interlaken - Suisse 

Offrandes - Zocalo - Mexico 

 Explosion florale - Pommiers en Bretagne 

 Monasterio de Guadaloupe - Extremadoure 

 

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