Impressions d'un français au Mexique

Publié le par Jérôme LJ

Souvenirs... Ci dessous deux textes écris lorsque j'étais au Mexique. Le premier après un mois de séjour, le second peu avant mon retour en France.

Rien ne m’a émerveillé (ou pas encore) depuis un mois que je suis au Mexique. Je suis allé à Mexico Ciudad, Puebla, Cuernavaca, Teotihuacan et je n’ai jamais été stupéfait en découvrant ces différents sites. Pourtant, à bord de l'avion, la première image j'ai eu de ce pays fut dantesque ;  celle de Mexico la nuit. Les lumières d'Insurgentes, avenue de plusieurs dizaines de kilomètres, donnaient un semblant de structure à un océan lumineux aux limites imperceptibles même depuis l'oiseau de feraille. Les montagnes ponctuaient le tapis de lumière d'ilôts plongés dans l'ombre. Il faut un certain temps d’adaptation à la réalité mexicaine. Elle est loin des standards de beauté que l’on a encré en nous, européens. Combien de fois m’ont incommodés la présence des voitures, leur bruit irritant, leurs rejets polluants infectes, les odeurs de souffre… Le Mexique se développe, l’automobile aussi, mais à quel prix ? De même on souhaiterait parfois que les mini-boutiques qui colonisent les moindres rues et places, se fassent plus discrètes. Ce serait oublier leur fonction sociale. On aimerait des rues sans trous, sans travaux bruyants, sans musique mise à fond par les magasins pour attirer le client… Le bonheur, on ne le trouve pas par la contemplation du cadre physique et bâti, sauf pour les connaisseurs. Le bonheur est à trouver auprès des gens. Ce jeune enquêteur pour un grand quotidien mexicain avec qui j’ai discuté une heure du Mexique et de la France. Ce vieux paysan de Mixquic (sud du District Federal), qui en guise de bienvenue sur ses terres m’a prononcé une formule Nahuac (langue indigène) disant « Toi et moi unis comme les doigts de la main ». Ce couple de retraités assis, un midi, aux tables d’une petite boutique, au cœur du marché couvert de Texcoco me faisant partager leur « barbacoa » afin que je goûte aux spécialités mexicaines… Il suffit de dire que l’on vient de France pour que les visages deviennent plus sympathiques. On me prend en effet pour un « gringo », ce nom qualifiant les américains. Ils ne sont pas du tout désirés ici. A croire que j’ai une tête d’américain. Je suis blanc, grand, élancé…

 

            Au cœur des contradictions mexicaines que ce mépris des américains. Le Mexique appendice des Etats-Unis ? C’est le chemin que suit le pays. Il suffit d’observer les comportements vestimentaires et musicaux des jeunes mexicains même si ces modes ne sont pas exclusivement observables au Mexique. Ici on apprend l’anglais, rarement une autre langue. Tu prends le bus pour Cuernavaca et tu as le droit à un film anglais sous-titré en espagnol. Une semaine après mon arrivée au Mexique, j’assistais à un repas de famille célébrant le départ d’un couple pour Atlanta… raisons professionnelles. Beaucoup ici ont un proche aux Etats-Unis. Alors le rejet américain ici au Mexique serait-il une simple réaction épidermique d’infériorité qui tendrait à disparaître ? Une réaction de résistance ? Le Mexique est en voie d’intégration à l’économie de marché impulsée par les Etats-Unis dans le cadre de l’ALENA. Mais les USA ne sont pas les seuls à convoiter ce marché en plein développement. Observer les marques automobiles présentes sur les routes est révélateur. Ce processus d’intégration est alimenté par le violent processus d’urbanisation qu’a connu le pays jusqu’au début des années 90. Beaucoup de mexicains sont arrivés en ville, sans repères, déracinés, obligés de s’insérer dans l’économie de marché pour survivre. Le développement des cultures d'exportation a mis beaucoup de paysans sur le chemin de l'exode. Une fois stabilisée et solvabilisée, cette population devient une proie commerciale habilement visée par les grandes marques d’électroménager ou d’automobiles. Il suffit de voir le monde qui se presse dans les magasins « Elektra », qui, comme son nom l’indique, vend de l’électroménager

Quelques semaines plus tard, le Mexique est difficile à quitter...

 Il me reste deux semaines au Mexique. C’est ce à quoi je pensais tout à l’heure en revenant de Mixquic, village encore rural du sud du Distrito Federal. Je contemplais la lagune de Xico en me disant que cette chose que je vis quotidiennement actuellement ne sera qu'un lointain souvenir dans quelques temps. Les blagues délicieuses, laborieusement dites en espagnol et échangées avec Felipe (27ans) et Fernando (50ans), « no manches guey » ; les conversations sur l’histoire de la vallée de Mexico avec un autre Felipe anthropologue (61ans), va savoir jusqu’où s’étendaient les lacs de la vallée avant l’arrivée des espagnols ; les bières accompagnées de « cacahuates a la japonesa » consommées dans la combi du maestro (l’anthropologue) ; les discussions sur le devenir du village de Mixquic dans les maisons des agriculteurs où vivent parfois plusieurs générations, maisons pleines de bruit, de vie, de solidarité intergénérationnelle ; ces visites dans les chinampas et les incontournables découvertes qui nous attendent à chaque fois. Beaucoup de choses font la spécificité du Mexique, tout en traditions et en ouverture à la modernité, tout en sérénité des gens et en vacarme de la rue… Chaque matin je me lève soit au bruit des pétards, soit au klaxon des bus de transport en commun, soit au son de la cloche stridente du camion poubelle, soit au chant des vendeurs de gaz qui crient « gaaaaaaaass » a en perdre la voix pour certains, soit au son des coups de balai donnés tous les matins à grande eau par chacun des propriétaires d’une maison donnant sur la rue, soit à la musique des boutiques réglée très forte pour attirer l’attention du client, soit au son grave des réacteurs d’avions qui décollent de l’aéroport de Mexico situé à une vingtaine de kilomètres. Au début tout cela incommode. Désormais tout cela me plaît au point où je crains de regretter cette ambiance à mon retour en France où tout entre dans la norme et ne doit pas en sortir. Je venais ici, imprégné de cette normalité. Un temps d’adaptation fut nécessaire pour essayer de s’en extirper. J’en suis désormais débarrassé, malheureusement il va falloir s’y réinsérer.

Au Mexique le spectacle est dans la rue. Une petite faim ? Tu as le choix entre des « elotes » au chile et à la mayonnaise, des « papas fritas » préparées sur place, des tacos de poulet ou de boeuf, des pastèques et goyaves coupées et servies dans un petit sachet plastique, les « tlacoyos » ces tortillas fourrées avec des « frijoles » ou encore les grands verres de jus d’orange pressées en direct et avec empressement (c’est le cas de le dire). Un peu d’ennui ? Regarde les spectacles de rue improvisés de clowns et jongleurs qui se positionnent au milieu du périphérique lorsque le feu passe au rouge afin de récolter quelques pesos, regarde les policiers girouettes qui s’agitent on se demande dans quel but (ils ne font qu’augmenter la « bronca » de la circulation), regarde les combis volskwagen qui se parent des plus beaux effets tuning (lumière bleue sous le châssis, double pot, volant moumoute, gentes alu…), écoute Santana au beau milieu des bouchons de la ville capitale…
  JLJ

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