Economie circulaire : la Chine montre la voie de l'éco-développement

Publié le par Jérôme LJ

Economie circulaire... voilà une association de mots qui devrait prochainement s'imposer au même titre que la notion de développement durable il y a quelques années. Nicolas Hulot dans son ouvrage-programme Pour un pacte écologique*, en fait un élément phare pour instiller une logique de durabilité dans le monde de l'économie.  "Les flux sous-jacents nécessaires à la réalisation de tous les biens qui alimentent notre quotidien sont considérables : par exemple, la production d'un ordinateur portable de 3 kilos exige l'équivalent énergétique de 350 kilos de pétrole, celle d'un hamburger 10 000 litres d'eau. Par ailleurs l'espérance de vie des produits est de plus en plus courte et c'est en masse qu'ils finissent en décharge, dans la nature, ou qu'ils partent en fumée". La production et la consommation nourissent des flux d'énergie, de matières premières, de transports puis de déchets considérables. A cette économie linéaire très déprédatrice de l'environnement, Nicolas Hulot propose dans son Pacte, d'y substituer une économie circulaire.  Avec cette économie circulaire, il ne s'agit plus de produire pour produire mais de réduire, de récupérer, de réutiliser, de réparer, de recycler les productions. L'ambition industrielle s'inverse.

 

Dans la revue Futuribles de Novembre 2006, on apprend que cette notion d'économie circulaire est déjà réellement mise en oeuvre en Chine de manière très volontariste. Ce n'est pas un hasard, mais un choix stratégique déterminant pour l'avenir de l'Empire du Milieu.

 

L'accroissement de la consommation de masse, conjugué à l'industrialisation à marche forcée et à la forte urbanisation du pays (19% de la population vivait en ville en 1979, 42% en 2006), engendrent une croissance inédite de la consommation de ressources. Cette croissance se heurte à la finitude de l'environnement, le risque étant de voir se multiplier les catastrophes environnementales et humaines irréversibles. 400 villes chinoises sur 662 sont confrontées à des pénueries d'eau, 70% des ordinateurs usagés des Etats Unis atterrissent en Chine, la ville de Guiyang a été classée au premier rang mondial des pluies acides. Il en va de la sécurité de l'Etat, le défit écologique est immense. L'urgence a été de concevoir un mode de développement économique et industriel moins hostile à l'égard de l'environnement.

 

Le choix de l'éco-développement pour la Chine ne souffre d'aucune contestation possible, comme le montrent les auteurs de L'économie circulaire en Chine** : "La Chine ne peut ni arrêter sa croissance économique, ni poursuivre la voie empruntée par les pays développés à savoir polluer d'abord et traiter ensuite. Elle ne peut pas non plus choisir l'expansion coloniale ni le déplacement des pollutions vers l'étranger. Pour réaliser un décollage pacifique, elle a besoin de dissocier la croissance économique et ses retombées de la croissance des flux de matières et d'énergie".

 

L'économie circulaire a donc été lancée dès 2002 au titre de stratégie nationale. Elle renvoie à l'écologie industrielle, telle qu'elle a été mise en oeuvre de manière très efficace depuis quelques années à Kalundborg au Danemark (photo ci contre). Ses principes généraux : 1) Utilisation efficace et modérée des ressources naturelles renouvelables 2) Production propre 3) Consommations moins hostile à l'égard de l'environnement 4) Valorisation des déchets comme des ressources 5) Traitement des déchets. L'objectif premier est de réduire les flux entrants et sortants.

 

Le vocabulaire technique de l'économie circulaire emprunte le vocabulaire de la circulation du sang dans l'organisme. On a ainsi des industries d'artères, ce sont celles qui utilisent les ressources, produisent les biens et évacuent les déchets. On a également des industries de veine qui elles, traitent et régénèrent les déchets. Les déchets des uns deviennent les ressources des autres.

 

Séduisante par ses principes, tout l'enjeu est de la concrétiser. Dans ce sens, la Chine a déployé un arsenal de mesures à plusieurs niveaux :

 

- 14 projets pilotes de parcs éco-industriels et 6 d'éco-villes sont développés depuis 1999,

 

- les prix de l'eau, de l'électricité, du gaz naturel... ont été réajustés pour encourager l'utilisation de ressources renouvelables,

 

- un ensemble d'indicateurs macro-économiques ont été définis avec des valeurs cibles. A titre d'exemple, la consommation d'énergie par point de PIB doit diminuer de 18% à l'horizon 2010, la consommation d'eau par point de PIB doit être réduite à 120 m3 etc...

 

- des projets pilotes ont été engagés dans 7 branches industrielles concernant les industries d'artères afin de promouvoir 260 techniques responsables, encouragées par l'Etat

 

- un ensemble de lois ont été votées : loi sur la promotion de la production propre, loi sur l'analyse de l'impact environnemental, loi sur les énergies renouvelables, loi sur la promotion de l'économie circulaire...

 

- nombreuses incitations et aides pour éviter les contrôles administratifs directs qui seraient liés à une diffusion trop autoritaire de l'économie circulaire

 

La ville de Guiyang citée plus haut est l'une des 6 éco-villes encouragées par le gouvernement central. De 1978 à 2002, le PIB de la ville a été multiplié par 10. Or l'économie locale est basée sur les industries extractives. Les pluies acides avaient fortement augmenté. 255 projets mobilisant 2 milliards de dollars d'investissement ont été mis en oeuvre dans le cadre de l'éco-ville : production propre, valorisation des sous produits, développement des énergies propres, agriculture biologique... De vraies équipes de projet sont constituées localement pour mettre au point et conduire ces projets : réalisation des pré-études, faisabilité, planification, ... Depuis 2003, les pluies acides ont disparu.

 

L'économie circulaire implique un changement de culture, elle sous-tend un "réencastrement juridique et réglementaire**" de l'économie. Si l'expérience se diffuse à grande vitesse en Chine, c'est sans doute par l'ouverture d'esprit des chinois, leur appétit gourmand de nouveauté, la spontanéité et la facilité des projets. C'est sans doute aussi parce que, culturellement, en Chine on considère que l'Homme et la Nature sont deux composantes inséparables d'une unique réalité. Enfin, le gouvernement central est puissant, il est par ailleurs le seul à disposer des droits de propriété sur les ressources naturelles. Les freins au succès de l'économie circulaire ne sont pas pour autant absents : manque de réglements locaux appropriés, régime d'économie linéaire très dominant, anarchie dans le domaine de la gestion des déchets, industrie de veine existante mais sans réseau constitué, capitaines d'industries très brutaux...

 

L'économie circulaire en Chine rompt avec les a priori négatifs à l'égard du mode de développement de ce pays qui est souvent présenté comme irresponsable. Elle implique un challenge sans doute sans précédent dans l'histoire : concilier très fort développement et utilisation des nouvelles technologies et pratiques en faveur de l'environnement. La synthèse est en cours et c'est sans doute là encore vers la Chine que les pays riches devront se tourner pour ré-orienter leur modèle de développement.

 

Pour en savoir plus : *Hulot Nicolas, 2006, Pour un pacte écologique, Editions Calmann Lévy, pp.67-78  ; **Xiaohong Fan, Dominique Bourg, Suren Erkman, L'économie circulaire en Chine, in Futuribles n°324 Novembre 2006 pp.21-41. A visiter également le ministère chinois de l'environnement www.sepa.gov.cn. Enfin, le site du Programme des Nations Unies pour le Développement consacre une page au parc eco-industriel de Kalundborg

 

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syldu29 15/01/2007 17:30

salut, sympa ton blog et il y en a des choses à lire!! Bonne continuation.