Centre urbain de Mexico : la gentrification en marche

Publié le par Jérôme LJ

Début 2006, le quotidien mexicain Universal pointait du doigt un phénomène récent à l'oeuvre dans le centre historique de la ville de Mexico : la gentrification. La gentrification, ou embourgeoisement, vient du mot anglais gentry, petite noblesse. Ce phénomène est courant dans tous les centres historiques des villes européennes, où la montée fulgurante des prix des loyers et des biens immobiliers expulse les classes populaires en périphérie des villes, là où les terrains et les maisons sont moins onéreux.

Mexico expérimente actuellement cette ségrégation spatiale. Le phénomène est assez original dans la mesure où il semble la gentrification soit liée à une volonté publique de redensifier le centre historique, qui connaît un dépeuplement massif depuis plusieurs dernières décennies.

Le gouvernement du District Fédéral a en effet instauré à la fin de l'année 2000, "el Bando 2", politique de densification des zones centrales de la ville et de contrôle de l'expansion urbaine dans les zones périphérique du DF. Le décret, mis en application dans le plan de développement urbain du District Fédéral (décembre 2003) limite très sérieusement la construction d'ensembles résidentiels dans les Délégations excentrées et incite au contraire la densification des quatres délégations les plus centrales que sont Cuauhtémoc, Benito Juárez, Miguel Hidalgo et Venustiano Carranza.

L'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) a montré les effets pervers d'une telle politique. Outre le fait que les habitants de la Délégation Benito Juarez se soient massivement mobilisés pour stigmatiser la densification de leur quartier et les nuisances générées, les effets du Bando 2 sont suffisamment préoccupants pour que cette politique soit remise en question.

Les conséquences du Bando 2 sont contraires aux effets recherchés. Les nouveaux développements urbains sont freinés au sein des délégations périphériques du District Fédéral et sont repoussés sur l'Etat de Mexico, ce qui aggrave l'étalement, à l'échelle régionale cette fois, des nouvelles unités d'habitation. Or la mégalopole souffre déjà énormément de cette périphérisation galopante intenable en terme de transports, de consommation d'espaces agricoles, d'extension des réseaux d'eau et d'électricité... Concernant les quatres délégations centrales, certes les nouveaux programmes de logement se sont multipliés permettant la densification de la zone. Néanmoins, concernant la mesure de la performance des politiques publiques en général, et urbaines en particulier, une grande différence est à opérer entre le résultat de cette politique et son impact. En terme de résultat, l'objectif est atteint : on observe une redensification. Depuis 2000, 37 800 nouveaux appartements ont été édifiés. Si en 2000 seuls 30% de l'offre privée de logements se situait dans les quatres délégations centrales, au deuxième trimestre 2005, cette part est passée à 72% ! En terme d'impact par contre, le succès est beaucoup plus mitigé. En effet, les nouveaux ensembles de logement construits se destinent à une classe moyenne voire aisée très attirée par leur situation centrale. Un processus de gentrification est nettement observé. Les moins aisés sont contraints d'aller s'installer en périphérie, dans les municipios conurbés de l'Etat de Mexico, aggravant les inégalités socio-spatiales.

 

La politique du Bando 2 n'a pas d'objectifs en termes sociaux. Elle semble trop quantitative (elle vise la redensification) et fait le lit, pour l'instant, de la promotion immobilière. J. LE JELOUX (texte et photos)

En savoir plus : IRD, Densificación habitacional y regeneración urbana en la zona central de la Ciudad de México: el caso del Corredor Insurgentes

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Jeronimo 18/02/2008 15:05

Salut Tocayo!Je viens de lire ton article sur la gentrification du centre historique de Mexico tout en découvrant ton site que je trouve génial. Je suis un chilango d'origine mais cela fait plus de 5 ans que j'habite à Toulouse. Je fait actuellement un DEA en Géographie Urbaine qui porte exactement sur la gentrification à Mexico. Je m'intéresse particulièrement au critères d'esthétisation retenus par les autorités... des critères qui, d'après moi, reposent sur des valeurs discriminantes héritées de la colonisation. Ainsi, je me demande si le vendeur ambulant n'incarne pas l'image du naco par excellence. Qu'en pense tu? Es-tu au courant de l'expulsion de milliers d'ambulants du centre-ville? Salut