Rennes veut promouvoir la "vigueur des hybrides"

Publié le par Jérôme LJ

J’ai fais un détour ce soir par les Champs Libres, le nouveau vaisseau culturel rennais. Au programme, une conférence : « Objectif bac+5/bac+8, les atouts rennais ». Des Présidents d’université et de grandes écoles étaient présents. Ils réfléchissaient sur les évolutions entre enseignement et monde du travail et ont évoqué la réponse rennaise à ces évolutions.

 

Une expression dans ces discussions de haut vol m’a marqué : « la vigueur des hybrides ». Le Directeur de l’agro-campus, bien dans sa matière, prend l’exemple de cette plante hybride très connue qu’est le maïs. Grâce au progrès génétique, il s'est adapté à des conditions de culture de plus en plus septentrionales. Il s’étend aujourd’hui sur le monde entier et nourrit une grande partie de l’humanité. A l’image du maïs, l’enjeu, pour l’étudiant Bac+5 / Bac +8, est d’acquérir cette vigueur de l’hybride en optant pour une formation plurielle. La double compétence est élevée au rang de panacée. Elle permet de croiser les compétences de domaines différents, d’accroître les chances d’inventivité. Pour cela, on souhaite que les jeunes, dès le lancement de leurs études, travaillent sur un projet. Leur appétence pour autre chose que leur strict domaine d’étude doit être stimulée.

 

La logique de filière très présente en France se présente comme un obstacle majeur à cette nécessité d’exogamie universitaire. Dès le secondaire on est en effet plongé dans cette logique : on dira que tel ou tel est matheux, commercial, littéraire… Pourtant, la réalité professionnelle est tout autre. Les parcours ne sont pas linéaires, les routines sont bouleversées, chaque jour offre à l’exploration un monde nouveau. Les cloisonnements habituels sautent : un étudiant en sciences humaines a par exemple un côté humaniste tout à fait monnayable dans le domaine commercial.

 

Pour vivre et travailler en intelligence, on parle de formation tout au long de la vie. A renfort d’exemples étrangers, Jean-Ange Lallican, président de l’Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel (ANDCP) montre qu’il est essentiel, à tous moments de sa vie universitaire et professionnelle, d’ouvrir la « halle aux connaissances ». 50% de la population active d’Helsinki (Finlande) est en formation quelque part ! Les lois et réglementations en la matière sont passées dans les faits. Les finlandais, non seulement de disposer d’un droit à la formation, ont les moyens de faire fonctionner ce droit. La sécurité professionnelle, ce n’est pas uniquement celle du statut ou de l’ancienneté, c’est aussi (et surtout) la possibilité d’être dans la position du chercheur tous les jours. C’est pouvoir dire « je suis en classe virtuelle de 16 heures à 18 heures ». On n’aura plus un temps pour apprendre, un temps pour travailler, un temps pour voyager. Le chemin à adopter est celui du renouvellement permanent.

 

A cela un autre frein : une certaine frilosité bien française. "Culturellement, on a davantage la peur de perdre que l’envie de gagner", regrette Jean-Ange Lallican. Or il est primordial de ne pas hésiter à aller là où on n’est pas attendu. Eric Beaty, attaché commercial au Consulat des Etats-Unis, évoque la différence culturelle qui existe sur ce point entre son pays et la France. Les entreprises nord-américaines sont moins intéressées par ce qu’on a fait en terme d’études que par le potentiel que l’on représente. Elles font le pari sur l’avenir.

 

Les ensembles universitaires qui s’adapteront à cela réussiront. Dès lors, comment le pôle universitaire rennais peut-il répondre à ces évolutions ? Un mot clé est repris par les responsables présents à la conférence : passerelle. A Rennes, de nombreuses passerelles et partenariats sont crées entre universités, entre Grandes écoles. Les étudiants de l’INSA suivent par exemple des modules d’enseignement à Sup de Co. La Bretagne compte 21 grandes écoles et Rennes offre un double atout : d’une part la proximité de ces écoles, qui est garante d’une qualité d’enseignement  et d’autre part les collaborations qui existent de longue date entre établissements. Des co-acréditations ont été mises en place, certains Masters pouvant être proposés conjointement par plusieurs établissements. La logique de parcours individualisé se substitue progressivement à la logique de filière, le but étant de rendre les formations perméables. Le rapport Jouyet-Lévy remis le 4 décembre dernier à Thierry Breton va dans ce sens. Il préconise de passer d'un "enseignement supérieur fortement centralisé à un système dans lequel l'autonomie des établissements et leur évaluation constituent la pierre de base de l'excellence et de l'attractivité".

 

Au travers des co-acréditations, des initiatives mises en place pour rapprocher doctorants et entreprises, des passerelles crées entre Grandes écoles, est en train de naître à Rennes la plateforme collaborative la plus attractive de France (écoles, universités, écoles doctorales). Elle se met en place d’autant plus facilement que les champs de compétence des établissements rennais se sont pas en concurrence heurtée mais au contraire très complémentaires. Rennes compte ainsi prendre toute sa place dans la constitution de l’Université européenne de Bretagne. La réalisation de l’ambition « Rennes, métropole européenne », passe par cet élargissement et cette adaptation de l’offre universitaire. Si les entreprises sont en concurrence, les villes et universités le sont également.  Ces initiatives d’intégration des offres universitaires participe de la constitution d’un acteur collectif au sein de la ville. Elles contribuent indéniablement au renforcement de l’attractivité de la capitale bretonne dans le concert des agglomérations qui veulent accéder au rang de métropole européenne.

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